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Présentation de l'étude du patrimoine hydraulique du département de la Savoie

Dossier IA00141274 réalisé en 2009

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'études Pays de Savoie

Usages énergétiques et thermaux : Panorama historique de l´eau en Savoie La maîtrise de l´énergie hydraulique a toujours été un facteur de développement économique et social pour un territoire. Ce constat est valable pour la Savoie au regard de l´abondance des eaux, complétée par un relief adéquat propice à l´implantation des artifices. Une énergie hydraulique traditionnelle L´énergie hydraulique a fait naître des usages simples avec de petits artifices, des roues, des canaux, des réserves d´eau, le long des ruisseaux. Ce postulat artisanal est applicable à l´ensemble du territoire savoyard. Des moulins, des scieries, des forges, des taillanderies et des clouteries s´installent sur des cours d´eau de manière pérenne mais aussi pour faire fonctionner des meules, des scies, ponctuellement, le temps d´une saison. Le paysage des artifices se développe rapidement durant le Moyen-Âge. Un maillage se réalise alors en fonction des matières à exploiter à proximité (céréales, forêts, minerai) et des capacités hydrauliques. Les moulins deviennent des éléments structurant des villages et des communautés. La force motrice de l´eau offre une puissance de travail indispensable pour répondre aux besoins alimentaires notamment. La «Mappe sarde », cadastre initié par le roi Victor-Amédée II en 1728, nous présente un instantané à usage fiscal au début du XVIIIe siècle avec la présence de nombreux artifices dans les communes savoyardes. Ces installations hydrauliques étaient fragiles, mais elles réussirent à perdurer malgré les aléas climatiques ou démographiques. La terminologie d´artisanat-bricolage définit parfaitement cette phase d´implantation. Le panorama hydraulique s´est enrichi de nouveaux artifices en fonction des besoins locaux ou des projets initiés par l´administration des États de Savoie. Ces micro-entreprises, exploitant les ressources de proximité, disposaient d´un rayonnement local voire provincial avant 1860. Leurs artifices fonctionnaient avec une main-d´œuvre souvent pluriactive et saisonnière (7 à 8 mois par an) au gré du débit saisonnier des cours d´eau. Ce panorama est bouleversé après le rattachement de la Savoie à la France en 1860. En effet, à la fin du XIXe siècle, les économies locales s´inscrivent dans une sphère extra-provinciale, voire nationale et internationale, avec l´essor du chemin de fer. La levée des barrières douanières et la concurrence avec des unités de production plus performantes modifient durablement et brutalement le tissu artisanal. Les installations hydrauliques accusent un retard technique mais ce n´est pas pour autant que l´eau va être délaissée. Elle constitue la principale source d´énergie dans ces paysages de montagne richement dotés en cours d´eau et va dynamiser l´essor industriel des vallées alpines. Le passage à l´hydromécanique La transition entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle permet le passage de l´énergie hydraulique traditionnelle à l´hydromécanique. L´apport mécanique est décisif avec l´arrivée des turbines et des conduites forcées grâce aux innovations métallurgiques. Les roues en bois (à augets ou horizontales) sont remplacées progressivement par des systèmes énergétiques plus performants. L´hydromécanique améliore les rendements des artifices. Ce progrès induit deux phénomènes. Des installations ne franchissent pas ce cap technologique et sont abandonnées par manque de moyen ou en raison de la faible puissance des cours d´eau. A contrario, des installations se modernisent et s´agrandissent. Cette étape hydromécanique préfigure l´émergence de l´hydroélectricité qui suivra les mêmes évolutions au départ puis connaîtra sa propre évolution. La différence entre l´hydromécanique et l´hydroélectricité porte sur la nature de la transformation de l´énergie hydraulique tout d´abord en énergie mécanique puis en énergie électrique. L´ère de la houille blanche Dès la fin du XIXe siècle, les premières chutes sont équipées sur de petites pentes ou le long de cours d´eau à l´aide de petits barrages pour produire de l´énergie électrique sous l´impulsion d´Aristide Bergès, pionnier de la houille blanche. Il s´agit essentiellement d´assurer l´éclairage public et d´approvisionner l´industrie électrotechnique. L´amélioration des techniques et des matériaux permettent des équipements plus audacieux (tunnels, conduites forcées, etc.). L´expansion de l´hydroélectricité commence dans le massif alpin savoyard avec l´installation des usines électrotechniques entre 1890 et 1905, par exemple celles d´Henri Gall à Prémont en 1891-1893 (chlorates), de Paul Héroult à La Praz en 1893 (aluminium) et de Paul Girod à Venthon en 1899 puis à Ugine en 1903 (ferro-alliages et aciers spéciaux). Les usines hydroélectriques sont construites au pied des chutes à proximité des usines de production, du fait de la difficulté de transporter de l´électricité à l´époque. Le temps des pionniers laisse place à une exploitation industrielle des chutes ; les équipements deviennent plus complexes, plus puissants. L´exploitation de la houille blanche est variable selon les secteurs géographiques du département ; l´Avant-Pays savoyard, le bassin chambérien, le massif des Bauges et la Combe de Savoie ne disposent pas du même potentiel énergétique que les hautes vallées de Maurienne, de Tarentaise et du Beaufortain. Ainsi, entre 1890 et 1920, 27 centrales hydroélectriques sont construites dans ces trois derniers secteurs. L´usage de l´eau pour des activités artisanales tend à s´effacer au profit d´un usage plus industriel. Une accélération des constructions de centrales hydroélectriques est à noter entre 1920 et 1939. La nationalisation du secteur de l´énergie en 1946 modifie le paysage hydroélectrique français. Électricité de France devient le principal producteur d´électricité avec les unités déjà existantes nationalisées et avec de nouvelles centrales. Les grands barrages de Tignes (1953) et de Roselend (1962) mettent en exergue la puissance étatique dans le domaine des énergies. Le paysage hydroélectrique est principalement constitué de sites de production sous la houlette d´EdF. Cependant, il existe de petites unités de production privées qui produisent de l´électricité revendue à EdF. Ces petites et moyennes centrales hydroélectriques se développent aujourd´hui afin d´exploiter d´anciennes prises d´eau mais aussi pour produire une énergie propre à partir d´une ressource renouvelable. L´essor des activités thermales Dès l´Antiquité, des sources sont connues pour leurs bienfaits dans les Alpes comme à Aix-les-Bains avec les bains de Diane. L´essor de la médecine moderne, dès le XVIIIe siècle, relance l´intérêt sur les qualités et les vertus des eaux dites «minérales ». Parallèlement, le développement du tourisme est aussi un moteur pour l´exploitation de nouvelles sources et la construction de bâtiments consacrés aux soins thermaux. La Savoie connaît une effervescence notamment avec les thermes d´Aix-les-Bains, de Challes-les-Eaux, de Brides-les-Bains, de La Bauche, de Salins-les-Thermes et de La Léchère. Ces lieux de soins sont également des espaces de vie où la noblesse et la bourgeoisie se retrouvent pour se détendre, jouer et aller au spectacle. L´évolution du thermalisme est parallèle à celle de l´eau énergétique ; le XIXe est un tournant avec une forte accélération de l´exploitation des bienfaits des eaux. Le XXe siècle est plus contrasté avec la fermeture des petits établissements comme celui de La Bauche et une concentration des activités sur plusieurs centres dont le principal reste Aix-les-Bains. La fièvre thermale du XIXe siècle a laissé place au XXe siècle à une activité moins élitiste, grâce aux congés payés instaurés en 1936, puis la création de la Sécurité Sociale en 1945-1946.

Depuis 2008, l´Assemblée des Pays de Savoie (APS) a lancé une campagne d´inventaire thématique du patrimoine des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. C´est l´eau qui a été choisie pour thème. Ce travail bi-départemental est abordé sous l´angle des usages énergétiques (artisanat, industrie) et thermaux. Ce double regard a été voulu afin de respecter des logiques géographiques et historiques, car le découpage des bassins-versants des Pays de Savoie démontre une étroite relation entre les deux départements. Le bassin-versant du Chéran illustre parfaitement cette interdépendance entre les deux territoires. En effet, le torrent du Chéran débute son parcours sur la commune de Verrens-Arvey (Savoie) pour rejoindre la rivière du Fier aux portes de Rumilly (Haute-Savoie). Les Pays de Savoie présentent un réseau hydrographique riche, avec plus de 7 000 km de cours d´eau sur un territoire de 10 755 km². Les paysages sont fortement marqués par les rivières, les ruisseaux et les nants. Neuf cours d´eau principaux structurent les deux départements : l´Arc, l´Arve, le Chéran, le Fier, le Giffre, le Guiers, l´Isère, le Rhône et les Usses. Le territoire d´étude compte aussi un grand nombre de lacs dont les quatre principaux sont d´origine glaciaire : Aiguebelette, Annecy, le Bourget et le Léman. Pour sa part, le département de la Savoie compte cent lacs naturels et retenues artificielles. Les 23 bassins-versants des Pays de Savoie présentent des particularités avec les bassins-versants du Léman et du Rhône et petits affluents qui se divisent en trois espaces non contigus. Deux grandes logiques sont visibles dans ce maillage hydraulique. Les bassins-versants du nord et de l´ouest se raccordent directement au fleuve Rhône sur les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Les bassins-versants de l´est convergent vers la rivière l´Isère qui se jette par la suite dans le Rhône, en amont de Valence (Drôme). L´eau est un élément constitutif du paysage : par son aspect fondamental de ressource naturelle nécessaire aux populations (convergence) et, comme marqueur de frontière (divergence). L´hydrographie est un facteur structurant des activités, des habitats. Une convention a été signée entre l´Assemblée des Pays de Savoie et la Région Rhône-Alpes pour créer des passerelles entre les missions du Service régional de l´inventaire du patrimoine culturel et cet inventaire thématique. La collaboration repose sur un appui scientifique en la personne de Nadine Halitim-Dubois, chercheur en patrimoine industriel et une mise à disposition de la base de données, Renabllyon. Deux chercheurs ont été recrutés : Yannick Milleret pour la Savoie et Samir Mahfoudi pour la Haute-Savoie Cadrage méthodologique : L´inventaire thématique du patrimoine hydraulique s´attache à référencer les bâtiments utilisant le potentiel énergétique des cours d´eau dans le cadre d´une activité artisanale et industrielle. Les usages médicinaux et thérapeutiques sont aussi étudiés avec les aménagements thermaux. - L´artisanat regroupe tous les artifices actionnés par l´eau, notamment les moulins, les scieries, les forges, les taillanderies, les clouteries, etc. - L´industrie comprend majoritairement les activités électrométallurgiques et électrochimiques induites par l´hydroélectricité. - L´activité thermale compte les sites et les équipements utilisant l´eau pour ses vertus médicinales et thérapeutiques. Ces orientations thématiques ne couvrent pas tous les champs d´usage de l´eau. Ainsi, les captages pour la distribution d´eau potable, les retenues et les prises d´eau pour la fabrication de neige de culture ne sont pas pris en compte dans cette étude ainsi que les systèmes agropastoraux d´arrosage des zones sèches intralpines. La période historique retenue s´étend du milieu du XIXe siècle jusqu´à nos jours. La volonté de couvrir trois domaines d´activités prépondérants a restreint les bornes chronologiques à l´époque contemporaine. Le basculement historique de 1860, année du rattachement de la Savoie à la France, est aussi central dans ce choix. La lecture du paysage hydraulique de la Savoie prend toute sa signification au travers des règlements et des droits d´eau régularisés par l´administration française. De plus, le passage de l´économie provinciale et protectionniste du duché de Savoie au marché libéral du Second Empire a modifié le tissu économique savoyard, engendrant notamment une transformation des usages énergétiques de l´eau. Toutefois, certains sites déjà actifs en 1860 disposent d´un patrimoine qu´il est important de souligner afin d´opérer un bilan évolutif des usages de l´eau. Le souhait d´une lecture approfondie du développement industriel et de son impact sur le patrimoine hydraulique savoyard justifie cette approche contemporaine. L´état matériel de la prise d´eau, des bâtiments et des artifices est le dernier élément qui est pris en compte dans l´inventaire. Il est nécessaire que soit encore présent sur le terrain au moins l´un des trois éléments caractéristiques du patrimoine hydraulique soit la prise d´eau, soit le bâtiment, soit le canal de fuite pour que le site fasse l´objet d´une fiche d´inventaire. Même s´ils ont connu une période de fonctionnement entre 1860 et aujourd´hui, certains sites dépourvus de vestiges ne peuvent être inventoriés. Ils font alors l´objet d´un référencement simplifié. Convention de partenariat pour l´inventaire du Patrimoine hydraulique des Pays de Savoie 2009/2010 Entre -L´Assemblée des Pays de Savoie, Château des Ducs de Savoie, 73018 Chambéry, représentée par le Président de l´établissement public, M. Hervé GAYMARD, et -La Région Rhône-Alpes,78, route de Paris BP 19 - 69751 Charbonnières-les-Bains Cedex représentée par le Président du Conseil régional, M. Jean-Jack QUEYRANNE, , PREAMBULE - L´Assemblée des Pays de Savoie s´est prononcée en faveur de la réalisation d´un inventaire du patrimoine hydraulique sur le territoire des deux départements, Savoie et Haute-Savoie par délibérations du 16 février 2007 puis du 15 février 2008. Cette mission a pour but d´identifier et d´étudier les prises d´eau à usage industriel et thermal toujours en place ayant eu activité à partir de 1850 jusqu´à nos jours, avec une ouverture sur des sites plus anciens si cela est jugé pertinent. Une première mission de deux ans assortie d´un budget et du recrutement de deux chargés de mission a été votée. - La Région Rhône-Alpes mène avec son Service de l´Inventaire général du patrimoine culturel le recensement du patrimoine rhônalpin ; elle vient d´engager un inventaire thématique sur les points de franchissement sur le Rhône dans le cadre du Plan Rhône. Le projet d´inventaire du patrimoine hydraulique des Pays de Savoie apportera un complément à cette opération. Une collaboration permettra d´optimiser les moyens techniques et les choix scientifiques. La présente convention se situe dans le cadre d´un échange entre l´Assemblée des Pays de Savoie et la Région Rhône-Alpes. IL EST CONVENU CE QUI SUIT : ARTICLE 1 : Objet de la convention La présente convention a pour objet de fixer la nature des échanges et des relations entre l´Assemblée des Pays de Savoie (Conservation Départementale du Patrimoine de Savoie et la Direction des Affaires culturelles de la Haute-Savoie) et la Région Rhône-Alpes (Service de l´Inventaire général du patrimoine culturel) dans le cadre de la mission d´inventaire du patrimoine hydraulique des Pays de Savoie. ARTICLE 2 : Nature des échanges les échanges entre les deux parties sont de deux natures : scientifique et technique. ARTICLE 3 : Partenariat scientifique 1. La Région, avec l´expérience du Service de l´Inventaire général du patrimoine, sera le partenaire privilégié dans la construction de la méthodologie de l´inventaire des prises d´eau industrielle et thermale. Une assistance scientifique et intellectuelle sera apportée. 2. L´Assemblée des Pays de Savoie s´engage à intégrer les données collectées dans les bases nationales du ministère de la Culture, en assurant une compatibilité de format des données qu´elle retiendra pour son projet. Les sites inventoriés enrichiront le corpus existant en contre-partie des échanges précédemment exposés. 3. Des réunions de travail auront lieu deux fois par an. Un état des lieux de l´avancement de l´inventaire sera présenté, les réunions seront aussi l´occasion de faire un bilan des partenariats. ARTICLE 4 : Partenariat technique 1. La Région Rhône-Alpes met à disposition la plate forme technique du logiciel RenablLyon qui permettra d´informatiser les données collectées en pays de Savoie. De plus, la Région apportera un soutien technique pour l´installation du logiciel et de la base de données. Un suivi sera élaboré pour soutenir les chargés d´inventaire dans l´usage du logiciel par une formation et par une aide ponctuelle. 2. L´Assemblée des Pays de Savoie prend en charge l´acquisition du logiciel ACCESS 97 et de la licence Runtime MAPOBJECT nécessaires pour l´utilisation du logiciel RENABLLYON ; Ce support informatique sera l´interface utilisée pour l´intégration des données dans les bases nationales comme présentée dans l´article 3. ARTICLE 5 : Durée du partenariat et renouvellement La présente convention est effective pour la durée de l´inventaire, soit deux années à compter de la signature. Trois mois avant la fin de la convention, les parties doivent s´avertir par écrit de leurs intentions au sujet de son renouvellement. ARTICLE 6 : Utilisation des données Les données ainsi produites seront propriété de l´Assemblée des Pays de Savoie et de chacun des départements qui la composent en application de leurs propres accords ; l´Assemblée des Pays de Savoie en cède toutefois le droit d´usage à la Région Rhône-Alpes à condition que les publications éditées par la Région Rhône-Alpes qui utiliseraient ces données portent le double logotype Région Rhône-Alpes, Inventaire général du Patrimoine culturel Assemblée des Pays de Savoie. Réciproquement l´Assemblée des Pays de Savoie s´engage à mentionner dans ses publications « l´appui du service de l´inventaire du patrimoine culturel de Rhône-Alpes » et à faire figurer le logotype de la Région dans la mention des partenaires. ARTICLE 7 : Communication Chacun des partenaires s´engage à : -valoriser la Région Rhône-Alpes et l´Assemblée des Pays de Savoie et indiquer ce partenariat lors des différents contacts avec la presse ; -fournir copie de tout document édité portant les logos ou d´articles publiés faisant mention des deux partenaires. ARTICLE 8 : Litiges En cas de non respect des engagements réciproques inscrits dans la présente convention, celle-ci pourra être résiliée de plein droit par l´une ou l´autre des parties dans un délai de trois mois suivant l´envoi d´une lettre recommandée avec accusé de réception, valant mise en demeure. En cas de litige, et après épuisement des voies amiables, les éventuels contentieux seront portés devant le Tribunal administratif de Grenoble.

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