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Lumière sur

Cité ouvrière dite cité SNCF (détruite), actuellement Hôtel de région

Présentation de l'hôtel de Région

Source : entretien avec Gilbert Eyraud-Vianes chargé du suivi de chantier de l’Hôtel de Région, juin 2015

1. Conception générale du bâtiment

L’opération a commencé en 2005 avec le vote de l’Assemblée régionale (7 avril 2005) actant le déplacement de son siège de Charbonnières-les-Bains à Lyon Confluence : le vote a permis de lancer toute l’opération, depuis l’acquisition du foncier, puis la rédaction du programme, le lancement d’un concours de maîtrise d’œuvre et la réalisation des travaux. L’opération s’est soldée par une livraison en avril 2011 (réception des travaux), puis les locaux ont été inaugurés le 30 juin 2011.

L’architecte Christian de Portzamparc a conçu le bâtiment à la suite d’un concours d’architecture, dans le cadre d’un groupement de maîtrise d’œuvre avec des intervenants représentant toutes les compétences techniques nécessaires pour faire fonctionner le bâtiment (architecture, structure, techniques, fluides, sonorisation, espaces verts, haute qualité environnementale).

A l'issue du concours d’architecture, cinq esquisses ont été retenues. L’une d’entre elles proposait une configuration un peu similaire avec celle retenue, mais sans verrière et avec un jardin en pleine terre (donc pas de parking en-dessous).

Dimensions de l'édifice :

- 75-80m de large sur le front de l’esplanade

- 120 m de long sur le cours Charlemagne

- une trentaine de mètres de haut

Soient 46.000 m² nets, selon l’acception 2007 du permis de construire.

Jauges :

- accueil du grand public en rez-de-chaussée : 1500 personnes, voire même jusqu’à 2000 personnes si on vide les étages

- effectif administratif des bureaux : 1500 personnes

Environ 30.000 m² de bureaux pour 1500 personnes : ratio habituel de 20 m² par travailleur.

En tout on peut accueillir jusqu’à 3000 personnes (événements et agents) en même temps dans l’immeuble : densité de 3000 personnes à l’hectare, coefficient d’occupation au sol de 4,6.

La première chose qui frappe en entrant c’est le contraste entre l’aspect extérieur cubique et compact et l’aspect intérieur, espace exceptionnel, ouvert et lumineux. Le bâtiment est conçu comme une ville avec des rues intérieures. Le traitement architectural qui permet de gommer et d’effacer l’effet de densité : les grandes verrières donnent un sentiment d’espace et le volume taillé par des diagonales et grandes obliques allonge les dimensions : c'est une architecture-sculpture.

Cette ville comprend trois espaces superposés :

- une partie technique en sous-sol (espaces logistiques, parkings souterrains, archives). Le parking a été limité volontairement à 430 places afin de promouvoir le développement des transports en commun et des déplacements en modes doux.

- un espace ouvert au grand public au rez-de-chaussée (salle d’assemblée, salles de commissions thématiques, grande allée, le Plateau)

- une partie administrative (bureaux) dans les étages

2. Le contexte et le site

Le bâtiment est orienté vers le cours Charlemagne, tourné vers la gare de Perrache et le centre historique de la Presqu’île de Lyon. On accède à l’Hôtel de Région frontalement, par l’esplanade François-Mitterrand, sur laquelle la façade est marquée par une grande verrière.

Le quartier du Confluent, autrefois quartier industriel et populaire de Lyon, est devenu une zone en profond renouvellement urbain.

Le nouveau paysage urbain est structuré par la darse et l’esplanade François Mitterrand qui forment une grande place transversale. Depuis le cours Charlemagne, l’hôtel de Région et le centre commercial Confluence marquent un rétrécissement et jouent le rôle d’une retenue ou d’un petit barrage.

3. La visite du bâtiment

La grande allée

En entrant dans le bâtiment, on découvre d’abord un grand hall, point d’accueil principal qui permet d’accéder à la zone publique, et on se retrouve sur une rampe descendante. La rampe permet de surbaisser la salle d’assemblée de manière à dégager une grande verrière sur la façade sud, qui permet, sur le temps de midi, d’éclairer encore plus la partie centrale et de mieux mettre en valeur la volumétrie des bâtiments tertiaires qui se trouvent au-dessus. Symboliquement, elle permet de descendre de manière gravitaire vers le point focal qu’est la salle d’assemblée, c’est-à-dire le point d’où partent les politiques régionales.

Dans la descente, on est accompagné d’un côté par un esprit végétal, de l’autre par un esprit aquatique. A l’origine, on avait souhaité proposer aux personnes handicapées un parcours sensoriel dans le cadre de la politique d’accessibilité des lieux publics : un guidage sonore vers la salle d’assemblée du côté aquatique, avec le bruit des fontaines, et du côté végétal un guidage olfactif, mais il n’est pas facile de trouver des plantes odorantes qui ne soient pas des plantes de plein soleil et qui soient pérennes, donc la réalisation en est difficile. Sur le parcours on trouve tout au long des bandes de guidage et également des bornes de repérage qui permettent aux personnes équipées de cannes de repérer l’endroit où elles se trouvent.

Une fois qu’on est en bas de la grande allée, on a complètement changé de paysage : au lieu d’être de plain-pied direct avec visibilité sur la rue, on se trouve dans une zone plus refermée et propice à l’intimité, d’où l’on peut se diriger vers la salle d’assemblée, la Verrière ou les dix salles de commissions réparties sur deux niveaux à droite.

Le Foyer et la salle d'assemblée

La salle d'assemblée est conçue dans la continuité de la grande descente et comprend des gradins formant un hémicycle, une tribune et des balcons au niveau supérieur pour permettre d’accueillir du public.

La salle a été conçue pour 30 personnes en tribune et 210 places dans l’hémicycle. Cela tombe très bien puisque la réforme territoriale prévoit 204 élus pour la future grande région Auvergne-Rhône-Alpes. Initialement, l’assemblée avait été conçue avec un plus grand nombre de places que celui des conseillers pour pouvoir accueillir toutes sortes d’événements (colloques). La salle n’est utilisée pour accueillir l’assemblée qu’un jour par mois en moyenne, mais elle reçoit actuellement plus de 250 événements par an.

En tout, avec la tribune, les balcons, les places annexes, la capacité d’accueil est de 585 places. La salle d’assemblée a été conçue pour favoriser un débat le plus apaisé et le plus égalitaire possible, avec un volume assez plat qui crée peu de différence de niveau entre les gradins et la tribune (seulement 50 cm d’écart entre le rang le plus élevé des gradins et le haut de la tribune), et une forme ovoïde, avec une partie presque arrondie côté public et beaucoup plus plate côté tribune, ce qui permet d’équilibrer les rapports entre la masse du grand public et les quelques personnes qui siègent en tribune.

Le dispositif est renforcé par le choix de placer les orateurs plutôt au niveau du sol que sur la tribune. On a couramment l’habitude de placer les orateurs dans le petit hémicycle qui est en bas et qui permet d’accueillir plus de monde de manière encore plus conviviale.

La salle est équipée d’un système de protection acoustique efficace composé de facettes en bois qui ne sont jamais parallèles entre elles afin d’éviter les réverbérations parasites. On va juste retrouver un point avec un effet d’acoustique, comme dans les voûtes, qui permet d’amplifier un peu la voix.

Sur la gauche se trouve la régie son et vidéo et trois cabines de traductions, car il y a énormément de contacts internationaux qui se font dans cette salle.

L'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite est totale (201 places). Pour les personnes malentendantes on a travaillé avec une boucle magnétique.

Le jardin d'hiver et les salles de commissions

Quand on ressort, on a sur notre droite le jardin d’hiver, c’est un élément assez intéressant qui va donner une toute autre ambiance par rapport à la grande allée par laquelle on est descendu : d’abord on est à plat, en contrebas et dans un espace plus végétalisé et plus calme. On y trouve une ambiance plus sereine, qui favorise les discussions en petits comités, il est souvent utilisé pour réaliser les interviews et très apprécié pour sa sérénité et pour son calme.

On peut ensuite se diriger du côté des salles de commissions, qui fonctionnent en parallèle avec la salle d’assemblée : la décision finale est prise en assemblée, mais tout le travail préparatoire, souvent organisé en ateliers et en groupes de travail, se fait dans les dix salles de commissions. Cela permet aussi certaines configurations de colloques qui associent des séances plénières et des séances de travail en ateliers organisées à proximité.

Les verrières

Depuis la galerie du promenoir, on peut observer les étages et la grande verrière.

Deux verrières couvrent le passage central et le jardin d’hiver. Elles sont nettoyées côté intérieur grâce à des ponts roulants qui permettent d’accéder à toutes leurs parties par-dessous, sachant qu’au-dessus on peut marcher sans problème sur les chenaux et sur les vitres.

Les verrières permettent également de filtrer l’énergie reçue du soleil toute l’année et de faire un tampon en hiver. Toutes les vitres, y compris dans la partie non chauffée du bâtiment, ont été mises en double vitrage et sont filtrantes. Alors qu’il a pu faire pendant assez longtemps -12°C à l’extérieur en 2012, on avait au minimum 5 ou 6 °C dans la partie accueil. En été, on n’a mesuré pas plus de 32°C, alors qu’il a pu faire en 2012 ou 2013 jusqu’à 40°C dans la rue (pas en station météo mais dans la rue).

Les étages de bureaux

Pour accueillir l’équipe tertiaire de l’administration régionale, on a tablé sur environ 1500 postes de travail. On va avoir ici tous les services de la présidence, la vice-présidence, l’exécutif et les groupes politiques, mais on accueille également 1400 fonctionnaires ici-même, puisqu’une partie de l’administration est délocalisée sur les territoires (une centaine). Dans les bureaux, les services administratifs font toute la transformation entre la décision politique prise au niveau de l’assemblée, et son application à l’égard des citoyens.

Les bureaux sont répartis sur trois ailes qui peuvent compter jusqu’à sept étages : l’aile Saône le long du cours Charlemagne, l’aile centrale qui se déploie au-dessus du plateau d’exposition, et l’aile Rhône située en arrière, au-delà du jardin d’hiver. Ces trois ailes sont reliées au nord et au sud par des bâtiments qui ferment le quadrilatère sur l’esplanade au nord et la rue Montrochet au sud, et qui permettent d’avoir une circulation plus fluide avec quelques échanges entre les bâtiments possibles également par des passerelles. On y accède par trois montées principales équipées d’ascenseurs.

Les bureaux sont tous tramés, avec une trame régulière de 1m35, ce qui permet de déplacer les cloisons presque à la demande, hormis le coût de déplacement des cloisons.

Ce principe permet d’associer des espaces de travail conçus de manière très rationnelle, tramée, normée et très modulables, avec un volume taillé comme un bâtiment-sculpture.

4. Les performances environnementales du bâtiment

Au-dessus des bâtiments, on trouve des installations techniques en toiture, qui comprennent les installations de ventilation, désenfumage, mais également une toiture solaire.

Le système de rafraîchissement (et non de climatisation) des bureaux comprend une ventilation double flux qui aspire et souffle toute l’année un air à environ 20-22° C ; un système de plafonds rayonnants dans chaque bureau qui permettent d’apporter des calories en hiver (température rayonnante à environ 40-45°C maximum) en faisant circuler de l’eau chaude dans les conduits, et en été de l’eau fraîche circule dans ces panneaux pour compléter les apports thermiques de la soufflerie en absorbant les calories en excédent dans les bâtiments.

On obtient un confort de rafraîchissement avec des ratios de consommation énergétique très intéressant, beaucoup moins énergivore que la climatisation.

La toiture solaire comprend une Installation photovoltaïque d'environ 1100 m² de panneaux solaires qui cumulent une puissance crête de l’ordre de 150 kilo watts, et permettent de produire environ 145 méga watts heure par an.

L’électricité est produite en basse tension (240 volts) et réinjectée directement dans le bâtiment, afin de consommer moins d’électricité vis-à-vis de l’extérieur, dans le cadre de la recherche de l’effacement énergétique. Le dispositif solaire est efficace en été ou en hiver quand il fait beau, mais pas les jours de mauvais temps où il y a des gros besoins en énergie. L'énergie restituée dans le bâtiment couvre à peu près à 4 % de ses besoins en volume constaté. C'est un peu en dessous des objectifs initiaux parce que le bâtiment est fréquemment utilisé en-dehors des horaires et usages administratifs conventionnels.

Une installation solaire thermique a également été installée pour la production d’eau chaude. Il honore 50 % des besoins en eau chaude de l’immeuble. Le bâtiment utilise peu d'eau chaude : il a été décidé de ne pas mettre d’eau chaude dans les lavabos ordinaires, sachant que ce n’est pas imposé par la réglementation, mais par contre on utilise cette eau chaude pour laver la vaisselle à la cantine (400 couverts par jour).

Le dispositif de récupération d’eau de pluie complète les installations énergétiques. En 2008 il n’était pas possible de récupérer les eaux de pluie dans les établissements publics de grande taille, alors que les particuliers pouvaient le faire, parce que la réglementation sanitaire avait rencontré trop de revers avec des problèmes de tuyaux mal identifiés dans les bâtiments sur lesquels on pouvait prendre une source d’eau sans savoir qu’elle n’était pas potable. Ici, le circuit d’eau de pluie est complètement tracé, elle sert à alimenter les chasses d’eau des WC, l’arrosage de jardin et le lavage de voitures. 13 % des besoins du bâtiment sont couverts par la récupération d’eau de pluie.

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