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Lumière sur

Ancien domaine Landard : maison de maître, maison de cultivateur, écuries et remise agricole, parc

Le domaine Landard au 18e siècle

La propriété est documentée depuis 1736 au moins, date à laquelle elle apparaît sur le Plan figuré des dismeries et paroisses de Saint-Just et Saint-Irénée hors les murs apresent existans de la ville de Lyon (AC Lyon, 1 S 124). Le domaine appartenant alors à M. Landard comprenait d’importantes surfaces de terres et vignes situées de part et d’autre du chemin de Champagne et deux bâtiments parallèles, implantés perpendiculairement au chemin de Champagne et séparés une cour, ainsi qu'un jardin. L'ensemble formé par les deux bâtiments, la cour et le jardin est clos de murs. Le même domaine apparaît également sur deux plans terriers du 18e siècle (Atlas de la rente noble de l'abbé Lacroix, plan n°11, AD Rhône 12 G 527 ; Temporel du chapitre Saint-Irénée, AD Rhône 16 G 031).

La famille Landard (généralement orthographiée Landar au 19e siècle) était une famille d'industriels lyonnais (probablement soyeux). Pierre-François Landard, décédé vers 1806, avait été recteur de la Charité en 1783, 1785 et 1786 ; et membre de la Chambre de commerce de Lyon en 1786 (Almanach astronomique et historique de la Ville de Lyon, 1787). Il est domicilié dans le quartier Saint-Clair (rue Royale / quai Saint-Clair) et possède également un hôtel particulier sur la face ouest de la place Bellecour, qui compte parmi les édifices démolis en 1793 et dont le terrain est vendu à la Ville de Lyon en 1808.

En 1816, la veuve et le fils de Pierre-François Landard vendent le domaine de Champagne à Dominique Pinoncély (AD Rhône, 3 E 9206). Quelques années plus tard, Pierre-Fleury Landard, fils du précédent, achètera en 1827 le domaine des Collonges à l'Arbresle, qui devient la nouvelle résidence de campagne de la famille, toujours connue aujourd'hui sous le nom de Clos Landar. Bien qu'ayant déjà changé de mains, le domaine Landard est encore cité en 1825 dans les Tablettes historiques et littéraires de la Ville de Lyon (p. 514) parmi les propriétés notables du quartier de Champagne : "Son sol plat, sec et caillouteux est peu productif. Cependant il y existe quelques maisons de campagne qui ne sont pas sans agrément et qui tirent surtout un grand avantage de leur proximité de la ville : ce sont, entr'autres, celles de MM. Landard, Bellissent et Lacène."

Au moment de la vente, le domaine Landard se compose de deux bâtiments d'habitation, la maison du maître à l'ouest et la maison du cultivateur à l'est de la cour.

La maison de maître compte sept chambres, dont seule la chambre de Madame est dotée d’une cheminée (Chambre bleue de Madame - Chambre à côté / antichambre ? - chambre jaune - Chambre toile peinte - Chambre plâtrée - Chambre à côté le grenier / chambre de domestiques ? – chambre des garçons). Les espaces de réception comprennent le vestibule orné d’une horloge, la salle à manger et le salon tous deux dotés d’une cheminée. La cuisine est équipée d’ "un gros mortier, un chauffelet cuivre, quatre casseroles idem, deux poëlons… Une poële, une table, une peltrière noyer… Sept chandeliers cuivre, un bassin idem, un garde-manger sapin, deux chenets fer, une cremaillère, un couvre feu et un tourne broche". Un grenier couronne l’édifice.

Un "pavillon servant anciennement de chapelle" a été construit dans la deuxième moitié du 18e siècle et se signale encore par "quatre belles portes noyer et plusieurs pièces de boiseries vernies". L'acte précise que ce pavillon est contigu aux bâtiments d'habitation, fermant peut-être la cour au nord pour former un ensemble en U, mais la chapelle disparait rapidement des actes et n'apparait sur aucun plan. La maison du cultivateur a été agrandie en profondeur par l'adjonction du "cellier dans lequel quatre cuves et un pressoir".

Le bâtiment d’exploitation situé à l'ouest de la maison de maître, le long du chemin de Champagne, a également été construit dans la deuxième moitié du 18e siècle. Il s'agit d' "un bâtiment séparé dans lequel sont les écuries, remise, hangard, bucher, chambre d'aire, fenil et grenier au dessus".

Le domaine est complété par un ensemble de terres, vignes, jardin, allée et salle d'ombrage, de la contenance de 16 ha environ. L’exploitation, confiée à un granger, a une double vocation d’élevage et de viticulture. La vente comprend en effet "les outils d’agriculture, les vases vinaires, les semences, capitaux des cheptel, paille et foin dont est chargé le granger" et précise que "sur la récolte de vin l’acquéreur délivrera dix années aux vendeurs qu’il rendra à leur domicile à Lyon, ces derniers lui rembourseront les droits d’octroi."

Le devenir de la maison du cultivateur

Le nouvel acquéreur revend rapidement sa propriété, divisée en deux lots distincts. La maison du cultivateur et son jardin sont vendus séparément, dès le 11 janvier 1817, à Louis Rollin, jardinier à la Croix-Rousse, qui en restera propriétaire jusqu’en 1840 (AD Rhône, 3 E 9206). La maison, occupée par le granger du domaine Landard qui reste en jouissance jusqu'au terme de son bail le 11 novembre, se compose d’une "cuisine, chambre au-dessus et petit cabinet attenant". Le cellier, ainsi que le pressoir et les cuves qui s’y trouvent, est attenant au logis. L’acte mentionne également une citerne sous hangar, avec droit de puisage. Afin d’assurer la séparation hermétique des deux lots, l’acquéreur est tenu de boucher les ouvertures donnant sur la cour avant le 25 juin 1818 et de pratiquer une entrée particulière sur le chemin ou sur le jardin vendu. Le plan cadastral de 1831 montre que la maison a été fortement agrandie par l’adjonction d’une écurie et d’un hangar, avec fenil au-dessus (matrice cadastrale). Le bâtiment appartiendra ensuite à Jean Hub, bottier (1840), puis à Antoine Moreau, maçon (1882). Il ne compte que 7 ouvertures imposées en 1910. Suite à l'effondrement des bâtiments anciens dans les années 1940, il est remplacé en tout ou partie par la maison actuellement immatriculée 98 rue Pierre-Valdo.

L'agrandissement de la maison de maître

Construction des écuries (1817-1823)

Dominique Pinoncély vend ensuite en avril-mai 1817 la maison de maître et l’essentiel du domaine foncier à Claude Decombe, épicier demeurant au quartier Saint-Irénée (AD Rhône, 3 E 9206). Ce propriétaire fait à nouveau appel à un granger, qu'il établit vraisemblablement dans le bâtiment d'exploitation. En effet, lorsqu'il vend à son tour le domaine en 1823, l'acte de vente spécifie qu'une partie du domaine est en location (AD Rhône, 3 E 24752).

L'aménagement d'un logement et d'un cuvier avec pressoir dans le bâtiment d'exploitation l'oblige à construire une écurie avec remise et cellier en retour sur l'arrière de la maison de maître, le long du chemin de Champagne : cette "écurie nouvellement construite" est explicitement mentionnée dans l'acte de vente de 1823 et apparait sur le plan cadastral levé en 1831.

En 1836, la matrice des propriétés foncières décrit la maison de maître comme "Bâtiment sur cour, rez-de-chaussée : cuisine, salle à manger, chambre, cellier, remise et écurie ; 1er étage 5 pièces et fenil." (AD Rhône, 3 P 138/027). Elle ne mentionne ni le bâtiment d'exploitation, pourtant représenté sur le plan cadastral, ni la chapelle (déjà détruite ?). C'est l'acte de vente de 1844 qui précise que le bâtiment d'exploitation comprend un "cuvier, pressoir, deux cuves, vases vinaires et tous les outils aratoires" (AD Rhône, 3 E 28592). Le domaine est alors susceptible de produire un revenu total de 1200 francs annuels, impôts déduits.

Les propriétaires du milieu 19e siècle

La propriété est ensuite occupée par Claude Bailly, enseignant, de 1823 jusqu'à sa mort vers 1840. Claude Bailly était le directeur d'une institution libre de jeunes filles installée dans l'ancien monastère du Verbe-Incarné, 27 montée du Gourguillon. Sa fille, Marie-Anne-Charlotte Bailly, est l’épouse de l'architecte Benoît Poncet.

La propriété passe ensuite dans les mains de Jean Poix en 1842, puis par voie d'échange à Jean Colombier, maître maçon, en 1844. En 1861, la veuve Colombier vend le domaine à François-Régis Charvet (acte du 26 juillet 1861, minutes de Me Fournier à Pommiers / Saint-Andéol-le-Château, 3 E 13032).

L'extension du logis (1882-1895)

A la fin du 19e siècle, le logis connaît un agrandissement notable, signalé sur la matrice cadastrale des propriétés bâties où l’estimation des ouvertures imposables passe de 17 à 32 entre 1882 et 1910. Cette annotation correspond probablement à une campagne de travaux conduite par François Charvet dans les années 1880, puisque le descriptif rédigé en 1895 énumère précisément 32 ouvertures. L'agrandissement procède vraisemblablement d'une extension en L sur l'angle nord-ouest du bâtiment : cet emplacement accueille un salon bourgeois et présente une élévation différente (sous-sol, rez-de-chaussée plus haut, décalage de niveau de l'étage, comble à surcroît non aménagé, soubassement en pierre découvert). Le bâtiment d'exploitation a probablement été agrandi également au cours de la même période.

En 1895, le domaine possédé en indivision par les héritiers de François Charvet fait l'objet d'une saisie judiciaire et est vendu aux enchères à Emmanuel Mouterde (minutes du greffe du tribunal civil de Lyon, 8 juin 1895). Le descriptif annexé au procès-verbal d'adjudication a été rédigé après l'extension et présente un état du bâtiment presque conforme à l'état actuel. C'est le premier document qui précise le mode et les matériaux de construction du bâtiment, qu'il décrit comme "une maison bourgeoise élevée d'un rez-de-chaussée et un étage, construite en pierres et pisé, avec toit à quatre pentes couvert en tuiles creuses". Il décrit notamment la galerie de distribution accolée à la façade est du bâtiment : "Sur cette cour la façade est formée par une véranda supportée par trois voûtes en pierre, un escalier en pierres donnant accès à la dite véranda qui est munie ainsi que l'escalier d'une rampe en fer au dessus de laquelle sont posées huit arcades en bois formant treillage".

L'acte de 1895 décrit également le "petit pavillon adossé au mur de clôture fermant cette cour du côté du verger", à l'emplacement où se trouvait au 18e siècle la chapelle, et qui abritait alors un puits toujours en place, le pavillon ayant disparu avant 1914 (témoignage des propriétaires). Il mentionne la fontaine située dans le jardin ("une petite construction en forme de coupole, abritant une pompe à balancier").

Il donne enfin une description du bâtiment d'exploitation, considérablement agrandi au cours du 19e siècle si l'on en croit les plans : ce bâtiment d'un étage "est construit en pisé, avec toit à deux pentes, couvert en tuiles creuses, et sert d'écurie, remise et fenil" et possède une citerne à l'arrière (vestiges encore visibles).

Les travaux d'aménagement intérieur et de modernisation du logis (1896-1925)

A partir de 1896, Emmanuel Mouterde engage une importante campagne d'aménagement intérieur, particulièrement bien documentée grâce aux archives familiales conservées par les derniers propriétaires de la maison (AP Famille Lépine). En effet, le nouveau propriétaire utilise l'ancienne maison de campagne comme une résidence principale, ce qui entraîne des aménagements de confort.

En 1896, une première campagne de rénovation générale est conduite sous la direction de l'architecte Duchamp : elle comprend en particulier l'installation du service d'eau courante reposant sur la création d'un réservoir de 920 litres dans les combles du logis et d'un réservoir extérieur dit "boutasse", la réfection des enduits et maçonneries et le percement du grand portail. Le nouveau portail permet l'accès à la maison de maître par le jardin et non plus par la cour : cet aménagement induit une modification dans les circulations et accès à la maison, qui n'ouvrait jusque là que sur la cour. L'actuel escalier intérieur en pierre est créé à cette occasion (Salmet, entrepreneur de maçonnerie) et l'ancien escalier en bois est réinstallé dans l'ancienne grange, dont l’ensemble des planchers sont également refaits à neuf (Poncet, menuisier). Les mémoires mentionnent également la pose d'un nouvel évier dans la cuisine.

En 1910-1911, la seconde campagne de travaux est conduite sous la direction de l'architecte Gabriel Mortamet. L'espace situé sous la galerie est fermé par un vitrage à châssis métallique posé par les vitriers Nicod et Jubin et le serrurier Dorier (verre martelé de 4/6 m, verre semi-double et verre anglais en couleur).

Le gaz est installé en 1908 pour le logis principal, en 1921 pour l'ancienne grange. L'éclairage électrique est attesté en 1923. En 1921, un terrain de tennis est aménagé dans le parc, qui dispose également d'une volière. Une tour, non identifiée, est mentionnée en 1924. D'importants travaux de décoration intérieure sont conduits en 1924-1925, et correspondent sensiblement à l'état final de l'édifice : peinture faux marbre sur les cheminées, pose de carreaux de ciment colorés dans la chambre et le vestibule (fabrique Chataing et Brossard), tapisseries et peintures, aménagement des trois chambres de l'étage de combles.

Au cours du 20e siècle, le chemin est rebaptisé et le 8 chemin de Champagne devient le 104-120 rue Pierre-Valdo.

La propriété passe en 1932 à Henri Lépine, fabricant de passementeries domicilié 11 rue Franklin. Ayant précédemment acquis l’ancienne maison du cultivateur, il réunifie temporairement l’ancien domaine Landar. En 1948-1949, la succession d’Henri Lépine conduit de nouveau au partage du domaine en trois lots : la maison de maître et son parc, la maison du cultivateur, et enfin les terres situées à l'ouest, qui sont loties pour construction de la résidence La Noiseraie en 1967-1977 (106-120 rue Pierre-Valdo). L'ancienne grange est aménagée en logement en 1947-1948.

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