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Lumière sur

Banque de France

Avertissement :

Deux services de la Banque de France à Paris, le service du Patrimoine Historique et Artistique (PHAR, pour la plupart des documents figurés, photographies, plans, élévations...) et le service des archives historiques, conservent les principales sources concernant sa succursale lyonnaise. Toute demande de photographies doit leur être adressée.

Historique

Un décret impérial en date du 18 mai 1808 ouvre la possibilité de création de succursales de la Banque de France, appelées « comptoirs d´escompte de la Banque de France ». Dès juin 1808, les comptoirs de Rouen et de Lyon sont fondés, avec un négociant à la tête de ce dernier, Darnal-Mayer (cf. Ramon, 1929, p. 99 et 100). Le but de cette fondation est en particulier de faciliter les transactions commerciales dans le Midi en accélérant la circulation des effets sur Lyon (Arch. dép. Rhône, 3996 W 7A). Mais face au rejet des négociants locaux, les comptoirs végètent et sont supprimés par ordonnance royale du 5 février 1817 (Ramon, p. 131 et Gaston-Breton, 1999, p. 122).

Cependant, dans les années 1830, l´essor de la Révolution industrielle conduit au développement des banques départementales d´émission. Ainsi, une banque départementale voit le jour à Lyon le 29 juin 1835, la Banque de Lyon (Ramon, p. 175) ; elle est attestée par Le Courrier de Lyon du 4 août 1835, dans la rubrique Annonces judicaires, qui indique l´établissement d´une caisse d´escompte et de rassemblement, nommée la Banque de Lyon et dont les statuts sont enregistrés le 22 juin 1835 (Arch. dép. Rhône, 3996 W 7A).

Dans ce contexte de concurrence, la Banque de France se décide à ouvrir des comptoirs provinciaux qui portent désormais le nom de succursales (Gaston-Breton p. 122). La loi du 15 mars 1848 impose la fermeture des banques départementales d´émission qui sont transformées en comptoirs de la Banque de France (Gaston-Breton p. 122) : le réseau des succursales se met alors véritablement en place. Ainsi, à Lyon, l´incorporation-fusion de la Banque de Lyon à la Banque de France est réalisée en avril-mai 1848 : la succursale est créée définitivement par décret en date du 27 avril 1848 et ouverte le 2 mai 1848. Le personnel dirigeant de la nouvelle banque est largement issu de la Banque de Lyon.

Les locaux sont formés d´un corps de logis situé rue des Pénitents de la Croix et de deux corps de logis sur cour (Arch. dép. Rhône, 3996 W 7B), aujourd´hui détruits et formant l´ancien hôtel de la Loterie royale (M.-H. Chazelle, 2002, p. 37 et 99). Lors de la construction de la Banque de France rue Impériale (actuelle rue de la République), la Banque cherche à vendre cet immeuble situé dans le quartier Saint-Clair, près des fortifications, mais en vain. La Société des Magasins généraux des Soies en devient locataire en novembre 1859 et l´achète finalement en 1878 (Archives BdF, Boîte 112).

L´essor de la succursale lyonnaise de la Banque de France se fait progressivement : elle occupe tout d´abord entre la deuxième et la cinquième position parmi les établissements de province et à partir de 1890, elle prend la première place.

Une parenté entre les succursales

Indépendamment du fait qu´un même architecte attaché à la Banque soit à l´origine de nombreux projets de succursales (comme Gabriel Crétin ou Alphonse Defrasse), la similitude du rôle des agences provinciales renforce l´homogénéité des constructions. Tristan Gaston-Breton (p. 129) détaille les missions des succursales sur tout le territoire français : « Avec l´examen du papier, l´encaissement des effets constitue le deuxième volet des opérations d´escompte et une autre activité centrale des succursales de la Banque de France. [...] Enfin, chaque succursale abrite un service des titres. Y sont conservées toutes les actions et obligations déposées par la clientèle de la Banque de France, qu´il s´agisse de particuliers ou d´entreprises. » Ceci, jusqu´à la dématérialisation des titres qui intervient en 1986.

Ces activités spécifiques et leur articulation sont déterminantes pour comprendre l´organisation des lieux. Ainsi, D. Le Barh et M. Bordogna (2001, p. 274-277) précisent qu´à la fin du 19e siècle une succursale est généralement constituée de trois parties distinctes : les serres, le hall du public et les bureaux. Les serres, ou salles fortes, renferment les réserves métalliques, ainsi que les billets usagés ou à mettre en circulation, stockés dans des cases situées dans des armoires métalliques. Pour des raisons de sécurité évidente, la volonté constante d´isoler et de protéger le bâtiment se manifeste tout au long des chantiers qui affectent les locaux de la banque. Dans le cas de Lyon, il faut rajouter une fonction supplémentaire : le logement du directeur (à l´origine situé au premier étage, donnant sur la rue Impériale), ceux de deux caissiers et des domestiques logés au deuxième étage.

La construction rue Impériale

L´édification de la Banque de France et du Grand Hôtel mitoyen s´inscrit dans l´histoire de la création de la rue Impériale à partir de 1854. Le préfet Vaïsse confie le projet de percement à l´architecte de la Ville René Dardel, puis à un ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Gustave Bonnet. Il charge ensuite Benoit Poncet (1806-1881), architecte-promoteur, de l´exécution du projet via La Société Immobilière de la rue Impériale (cf. F. Loyer dans De la rue Impériale à la rue de la République , 1991, p. 13). B. Sanvoisin (2011, p. 109 à 111) souligne le choix du préfet de ne pas créer un nouveau quartier mais de moderniser le coeur traditionnel de la ville, en y privilégiant les « belles perspectives et des édifices monumentaux ». Le secteur situé autour de la Bourse de Commerce devient ainsi le quartier des banques. Le Crédit lyonnais s´installe dans les années 1870 au 18 rue de la République et achète entre 1901 et 1904 l´ensemble de l´îlot (cf. Chazelle, p. 48 et 49).

Dans L'immeuble lyonnais au XIXe siècle (1996, p. 50), B. Gauthiez indique que la hauteur maximale des façades de la rue Impériale est fixée à 22 mètres avec faîtage de 4 mètres au-dessus et la possibilité de brisure. Les premières pierres des immeubles sont posées le 25 avril 1855 et ceux-ci sont tous achevés en 1857. La rue Impériale, livrée à l´été 1857, devient en 1871 la rue de Lyon et en 1878 la rue de la République.

M.-H. Chazelle indique que la Banque de France est approchée dès 1854 afin de déplacer la succursale dans la future rue Impériale mais le prix du terrain est jugé trop élevé. Selon les archives de la Banque de France (Boîte 112), la compagnie qui s´occupe du percement de la nouvelle rue, représentée par Poncet son principal administrateur, est prête à consentir des sacrifices afin que la Banque de France vienne s´y implanter. Pour ses administrateurs, la proximité de la Bourse est également un argument favorable au choix du nouvel emplacement, ainsi que les inconvénients de l´ancien (proximité des remparts, problème de sécurité...).

La Société Immobilière de la rue Impériale propose finalement un terrain de 1 400 mètres carrés à 750 francs le mètre carré (Archives BdF, Boîte 112). L´architecte de la Banque, Gabriel Crétin, établit ainsi le coût du terrain à 1 050 000 francs et à environ 600 000 francs la construction à prévoir. Le directeur de la succursale de Lyon à l´origine de l´installation rue Impériale se nomme Emile (ou Emilien) Teissier. L´acquisition du terrain est réalisée en 1854 et les plans fournis par Crétin en août 1855 (Chazelle, p. 54).

Gabriel Crétin (1812-1883) a été nommé architecte de la Banque de France en 1848 et a travaillé à l´agrandissement et à la restauration de la Banque de France à Paris et est intervenu notamment sur les succursales de Nîmes, Toulouse, Bordeaux, Lyon et Grenoble (cf. Charvet p. 97). Il avait également réalisé la succursale de Dunkerque (cf. base Mérimée, notice IA00075049 par A. Oger-Leurent) et celle de La Rochelle (IA17000034 par Dominique Mailles). Il est à l´origine de la création d´un type de succursale. Chaque architecte en chef de la Banque dispose d´une équipe à Paris, ainsi que d´architectes implantés localement chargés de suivre la construction, les réaménagements et les travaux courants.

A Lyon, le chantier commence fin septembre-début octobre 1855. L´entrepreneur fait sauter à la mine les anciennes fondations des bâtiments préexistants sur la parcelle. Fin octobre sont réalisés les travaux en béton permettant de mettre à l´abri des eaux la cave aux espèces. Le coût de construction est finalement de 820 000 francs auxquels s´ajoutent 160 000 francs pour l´installation intérieur, les aménagements, le mobilier des bureaux, des caisses et des serres aux espèces (plus 34 000 francs de travaux divers), soit 1 014 000 francs de travaux, ainsi que le prix du terrain, soit au total 2 119 864 francs.

Fin 1857, la Banque est établie rue Impériale. Gabriel Crétin affiche son nom, ainsi que la date d´achèvement, 1857, sur la façade. Cependant, dès 1856, des agrandissements, qui ne sont réalisés que dans les années 1890, sont envisagés. En effet, en raison de l´importance du service de dépôts de titres à la Banque centrale de Paris qui a dû doubler ses espaces, la décision est prise de surélever, à Lyon, d´un étage la partie de bâtiment au dessus de la galerie des garçons de retrait, dans la longueur de la rue de la Gerbe, en supprimant au rez-de-chaussée les murs séparatifs existants.

Agrandissements

Dans un premier temps, les locaux subissent quelques modifications (Archives BdF, Boîte 112) : en 1876 un nouvel aménagement d´une serre voûtée est réalisé et en 1881 certaines toitures en zinc sont remplacées par des tuiles. Dans les années 1880-1890, des transformations plus conséquentes sont mises en oeuvre par les architectes locaux, Jean-Claude Merlin, architecte de la Banque en 1884 (installé 1 rue Victor-Hugo à Lyon), Emile Thoubillon (1831-1892) et son fils Xavier (1862-1922) (installé 25 cours de la Liberté à Lyon). Xavier Thoubillon utilise parfois le tampon professionnel de son père alors que celui-ci est décédé. Il est ainsi difficile de faire la part dans les interventions du père et du fils dans les années 1890.

Merlin supervise dès 1883 l´agrandissement des bureaux au premier étage et la création d´une nouvelle galerie de recette sur la rue de la République en 1884 (Archives BdF, Boîte 112), parallèlement au redéploiement de la comptabilité avec la mise en place des cases de la galerie de recette au rez-de-chaussée. En 1884 sont réalisés par Merlin l´installation des bureaux des grands livres et des archives au second étage, ainsi que le prolongement des bureaux de l´escompte. En 1885 l´architecte dirige le remaniement des cases des garçons de recette et la création d´une annexe de 21 cases (Archives BdF, Boîte 114). Ces ajustements sont révélateurs d´un manque de place au fur et à mesure que l´activité de la succursale s´accroît, en particulier dans la gestion des titres.

Les années 1890

Les années 1890 voient des projets d´agrandissement qui ne sont plus seulement des réaménagements, mais entraînent « une transformation générale complète », selon l´expression du contrôleur général (Archives BdF, Boîte 115), entreprise "morceau par morceau, un service après l´autre, afin de ne pas arrêter l´ensemble des opérations de la succursale".

Ainsi, en 1892, des travaux importants sont réalisés afin de déplacer le bureau et la serre des dépôts établis au premier étage, vers le rez-de-chaussée avec l´installation des titres en caves (Archives Bdf Boîte 114). Le déplacement de la serre est dû à des raisons de sécurité, le directeur, Aynard, craignant un incendie au Grand Hôtel, mitoyen. En 1892, de nouveaux meubles, suite au déplacement de la serre des titres, sont réalisés par P. Galant et Tihon (menuiserie et meubles d´art à Lyon).

En 1892 également, Merlin fait construire une surélévation sur la rue de la Gerbe et une annexe en rez-de-chaussée dans la cour par l´entrepreneur de travaux publics François Parot (Archives BdF, Boîte 115). Les façades en pierre blanche du Midi sont achevées la première quinzaine d´octobre 1892 et la charpente métallique mise en place. Les éléments métalliques des planchers et des toitures sont réalisés en 1892 par la firme Guer et Blanc, entreprise de construction en fer (23 rue du Bât d´Argent), dont les ateliers de construction sont situés 9 cours Lafayette prolongé à Villeurbanne. En 1893, la nouvelle serre des titres est refaite par Fichet (constructeurs Charlier, Guénot et Cie) sous la direction de l´architecte H. Rolland (cf. la photographie de la plaque apposée sur la porte de la serre). En 1894 des travaux de dallage sont réalisés par la firme de mosaïque Fourcade Abblard, installée à Perpignan. La réinstallation des archives au second étage est approuvée en 1893. Les travaux sont encadrés par les architectes Thoubillon père et fils. Les travaux de l´annexe située dans la cour (à l´emplacement des anciennes remises et écuries) se poursuivent jusqu´en 1895.

Des commandes de mobilier interviennent également. De nouveaux appareils d´éclairage ("Grenouillère mixte") sont installés par la société Bizot et Akar ("éclairage et chauffage par le gaz, rue Mazarine 42"). L´ébéniste-menuisier Gorland (?) renouvelle le mobilier des bureaux. En juillet 1893, des travaux de menuiserie sont exécutés par Galant et Thion, notamment dans l´antichambre. En 1895 des miroirs sont réglés à la firme Flachat-Cochet.

En 1894, intervient une transformation importante : la cour est couverte : une "marquise vitrée" [une verrière] avec une "ossature de fer" est placée autour de la cour d´honneur par Xavier Thoubillon. Mis en place peu après août 1894, ce "ciel vitré" est construit par Guer et Blanc, entrepreneurs de serrurerie, avec des barres d´acier commandées à Longwy. La cour est repavée à cette occasion. La couverture de la cour entraîne des changements de circulation et la création d´un nouvel escalier.

Les années 1910-1920

En 1911 intervient la décentralisation des titres en dépôt libre : la serre aménagée en 1894 au second étage devient alors trop petite. Il est décidé de l´agrandir sans la déplacer, en prolongeant cette partie du second étage sur la rue de la Gerbe jusqu´au mur de la propriété voisine, le Grand Hôtel, en la blindant, faisant ainsi gagner 50 mètres carrés. Un nouvel escalier en tourelle doit alors être construit. Planifiés et supervisés par Thoubillon (1920-1922), les travaux sont réalisés par l´architecte Alphonse Defrasse (1860-1939) qui devient jusqu´en 1933 le nouvel architecte en chef de la Banque de France (Archives Bdf Boîte 12 et AC Lyon, 344 WP 50. 576 1911). Un service de location de coffres est aménagé au sous-sol en 1922 par la maison Fichet, l´escalier des bureaux se prolonge jusque là et le sol reçoit un décor de mosaïques, aujourd´hui partiellement recouvert de moquette.

Les plans de 1911 attestent également d´un autre aménagement important : les logements situés au premier étage et donnant sur la rue de la République sont transformés : les trois chambres situés au nord, deviennent le service de l´escompte et, la salle à manger, le grand et le petit salons des appartements du directeur sont recloisonnés afin de créer l´actuelle salle du conseil, le bureau du directeur et celui du contrôleur principal (aujourd´hui réunis dans le bureau double du directeur).

En 1911, il est également décidé de créer un bureau auxiliaire aux Brotteaux (formant un îlot délimité par les rues Créqui, Robert, Vendôme et Louis Blanc) : le terrain est acquis en 1909 et les plans du nouveau bâtiment datent de 1911. Les travaux, très avancés en août 1914, sont interrompus par la guerre. De ce fait, l´idée de racheter le Grand Hôtel pour s´étendre est mise en avant (Archives Bdf Boîte 12), achat réalisé en 1919. L´annexe des Brotteaux est finalement vendue en 1973 à la Société lyonnaise pour la Construction en vue d´ériger un nouvel immeuble (Archives Bdf Boîte 12) et ainsi détruite.

En 1921 est projeté l´exhaussement de l´immeuble de la rue Gentil par l´architecte Thoubillon (installé 119 rue Corneille à Lyon), en respectant l´alignement de la rue, afin de créer un (photo) nouveau dépôt qui est réalisé en 1922 (AC Lyon, 323 WP 40. PCA 192200530).

Les autres phases de travaux

Les années 1950 voient à nouveau une série de transformations importantes menées par l´architecte Gabriel Deveraux (cf. Astié, Prudhon, Godemel, p. 18). Celui-ci travaille également pour le compte du Crédit lyonnais, la banque Barclays et la Banque Privée (cf. Chazelle, p. 38, 120 et 121).

A la suite de l´expiration du bail du Grand Hôtel, un agrandissement est réalisé en partie sur le 16 rue de la République avec la création de la cour des camions et d'un accès réservé à partir de la rue de la République. La caisse située dans l´angle nord-ouest est déplacée dans l´aile sud. Les trois façades sur cour sont détruites afin de créer un vaste hall du public. Le premier étage est réaménagé avec en particulier le démontage de la verrière qui est installée au niveau supérieur. Une balustrade en fer forgé (cachée depuis 1972 sous un coffrage en bois) est installée au premier étage. Les revêtements des murs sont retissés à l´identique, notamment par la maison Tassinari (dessin fond crème cf. communication écrite de la maison Tassinari, en date du 14 octobre 2011).

Dans les années 1970, un entresol est réalisé (architecte Deveraux), coupant le rez-de-chaussée en deux niveaux.

En 1975, l´achat d´un logement de fonction pour le directeur, boulevard des Belges dans le 6e arrondissement, permet l´agrandissement des locaux administratifs de la banque (Archives BdF, Boîte 12).

En 1980-1981, les installations sont modernisées par l´architecte Jean Deveraux (cf. Astié, Prudhon, Godemel, 2004, p. 19). Le hall est resserré afin de laisser plus de place aux services. Des guichets en marbre et vitrés pour la caisse y sont installés ; un plafond à caissons posé. En 1993 un escalier de liaison est créé entre le 14 et le 16 rue de la République. Entre 1995 et 2002, de nouveaux réaménagements sont effectués par l´architecte Louis Rinuccini.

Début 2013, la Banque de France va quitter la rue de la République pour de nouveaux locaux situés cours Bayard, à la Confluence et vendre les deux bâtiments dont elle est propriétaire au 14 et au 16.

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